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Titre de l'article : Sa propre homélie.
Sous-titre :
par admin
mercredi 02 novembre 2005 - 15:00:32

L’homélie préparée par lui-même en 2003, pour le jour de son départ.


Mourir vers le Père


On a défini l’homme « un être pour la mort ». J’ai atteint l’age ou je sais que ce jour, pour lequel je suis né, est proche. Je ne suis pas de la race des privilégiés de la grâce qui l’attendent avec impatience : « Ô mort, ô mort, je meurs de ne pas mourir » s’exclamait Thérèse d’Avila. Je les comprends pourtant, eux et ce que dit Saint Paul : « Je désire partir et être avec le Christ(1). » Je sais que cet instant sera celui de la plus grande grâce de ma vie.

Il est vrai, la Bible dit que la mort est « entrée dans le monde par l’envie du diable ». Mais elle ajoute aussitôt que la mort qui tue, œuvre du diable, est réservée « aux partisans du diable(2) » dont, par la bonté de Dieu, j’espère ne pas être. C’est par Dieu que je suis créé, créé mortel. Or, il est mon Père. Un père n’engendre pas son enfant afin de le tuer. Si, par création, il me destine à mourir, c’est afin de me faire naître.

Le démon, le « tueur d’homme depuis le début(3) », cet ennemi de la création de Dieu, a perverti le sens de la mort. L’homme pécheur se coupe de la vie de Dieu, la mort devient en lui le contraire d’elle-même, vraiment mortelle. Mais Jésus sauve les hommes en sauvant la mort, en la rétablissant dans sa dignité première.

Jésus « s’est livré pour moi (4)», il est mort saintement, de mort filiale, et nous sauve de la mort mortelle des pécheurs, en nous saisissant dans son mourir vers le Père : « Heureux ceux qui meurent dans le seigneur(5) ! » « Cette parole est sûre : si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons(6) ».

Il a dit : « Je suis le chemin… Personne n’accède au Père sinon par moi(7). » Il a dit : « Je suis la porte, personne n’entre dans la bergerie sans passer par moi(8). » Voici que l’heure est venue de me mettre en route et d’entrer par la porte ouverte. De moi-même je ne saurais franchir la distance de la terre au ciel, elle est infinie. D’autant moins que, dans la mort, je serai réduit à la faiblesse radicale. Mais Jésus sera là, « chemin vivant(9) » et porte ouverte, « Christ notre pâque(10) », Jésus mon passeur. Il m’attirera à lui et m’emportera dans son propre mourir vers le Père. Ma mort est déjà programmée dans la sienne. Pourvu que je me livre à lui.

Il sera mon sauveur, comme il le fut pour Pierre, dans la nuit et la tempête. Il était sorti de la barque, de la sécurité da sa barque et s’était risqué sur les flots de la mort. Jésus est là. Au moment où Pierre s’enfonce, il lui dit : « N’aie pas peur ! » Il lui saisit la main et le tire à lui.
C’est donc Jésus qui me fera passer de monde au Père, c’est lui qui me fera mourir : « Si nous croyons que Jésus est mort et ressuscité, de même ceux qui sont morts par Jésus, Dieu les ramènera avec lui(11) .» Car ce Jésus que je rejoindrai dans ma mort, est lui-même dans sa mort dans laquelle il est ressuscité. Je mourrai dans sa mort. Il vit pour toujours au sommet de sa montée où le Père le glorifie, donc dans le mystère da sa mort. Il set toujours dans l’instant du don de soi où il est glorieusement reçu par le Père, donc dans le mystère da sa mort. Il est éternel dans l’instant suprême de son amour(12), où le Père l’embrasse et l’embrase dans la plénitude de l4esprit Saint. Il me prendra en lui et nous mourrons à deux vers le Père. Suprême communion pascale !

La mort du Fils vers le Père est immense, Une mort d’une puissance illimitée, fleuve capable de drainer vers Dieu tous ces êtres pour la mort que sont les hommes. Jésus meurt dans la sienne la mort de tous les hommes(13). Je l’espère : je mourrai dans la mort filiale de mon sauveur. Le gage m’en est donné en chaque eucharistie. Dès aujourd’hui, Jésus me prend dans sa mort dans laquelle il est glorifié.

Fr.X. DURRWELL, Rédemptoriste
Ostwald

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(1) Ph 1,21.
(2) Sg 2,24.
(3) Jn 8,42.
(4) Ga 2,21.
(5) Ap 14,13.
(6) 2 Tm 2,11.
(7) Jn 14,6.
(8) Cf. Jn 10,7.
(9) He 10,20.
(10) 1 Co 5,7.
(11) Il est vrai, ce texte peut aussi être traduit autrement (cf la TOB). Mais avec les meilleurs exégètes, je pense que la traduction ci-dessus est la bonne. 1 Th 4,14.
(12) Cf. Jn 15,13.
(13) Cf Pierre Emmanuel, la face humaine, Paris, 1965, p. 259. « A l’heure où l’homme-Dieu se charge de réaliser toute mort, de mourir dans la seinne. »



Cet article a été imprimé depuis Site François-Xavier DURRWELL
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